• Mars 2020, la suite

    au retour des vacances j'ai étiré les heures de mes après-midi à la Bibliothèque. J'ai recommencé en prenant mon courage à deux mains et le numéro de téléphone sur le site internet de la maison bonjour, on est deux étudiants, on voudrait venir demain. Une semaine elle a été ouverte pour de vrai, alors j'y ai passé mes midis, j'ai tendu la faim, me rappelant les midis écoulés dans les archives en Irlande l'an passé, j'ai mangé mes sandwiches sur la place qui m'émerveille toujours juste à côté, non pas au revoir mais à tout à l'heure. Et puis la semaine d'après, et encore, j'ai sonné, et si ailleurs l'accumulation des livres m'étouffe, ici elle m'encourage, et mon esprit qui tend à s'égarer dans le tremblement sitôt un devoir commencé ici n'avait d'autre choix que de poser mes yeux sur les livres qui parlent de ce que j'ai choisi d'étudier, et d'entendre les voix de celles et ceux qui travaillent aux alentours.

    ça a demandé aussi de longues promenades dans le centre-ville, ça a demandé de s'y perdre et de s'y retrouver, de plisser les yeux sous le soleil ou d'arriver enfin les vêtements imbibés d'eau, d'acheter des livres où on pouvait, de lire aussi sur la place, ou de s'asseoir juste, sur la place, les yeux fermés, dans le soleil et dans le vent, de regarder le palais à côté, et les gens passer, et discuter, de marcher trop vite pour ne pas être en retard, de coller les écouteurs dans les oreilles pour faire passer l'heure plus vite en revenant de l'église, ça a demandé de ranger un peu, d'en laisser pour plus tard, de laver la terrasse, de laver les vitres, ça a demandé un peu de courage et de s'apercevoir que je souriais en présentant un exposé, ça a demandé un dernier café avec H., un nouveau avec A., et beaucoup de temps avec S., ça a demandé de rester clouée au sol au Conservatoire pendant deux séances avant de pouvoir oser essayer de se lever, de faire l'impasse sur les séries policières, de danser toute seule, tout ça pour respirer un peu sans boule dans la gorge, tout ça pour / aller mieux

    et bien sûr il y a encore des ratés et j'aimerais dire plus jamais l'assombrissement qui fait et dit n'importe quoi mais, hé, ça demande aussi de pratiquer l'équilibre encore un peu (tout, au-dessus, est excessif aussi)


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :