• Fin juillet / début août

    Une nuit il convient de chercher un support ailleurs, dans l'urgence, et où m'appuyer, c'est l'évidence. Je m'étonne encore de cette amitié sans trop savoir, de l'impression de s'être toujours connus sans vraiment se connaître. Je pleure longtemps, la fatigue, je ne dors pas assez, alors le lendemain je ferme les yeux longtemps en attendant que les larmes s'envolent. Il est question de faire des choix, sans compromettre, il est question de comprendre et d'accepter de ne pas être comprise malgré tout. Est-il nécessaire d'aller au-delà, de toujours dépasser ses frontières. Une après-midi je m'endors, moi qui n'y arrive jamais, sur un matelas aux ressorts pointus, d'un sommeil lourd et sans vie, d'un sommeil de survie.

    Face à la mer, l'idée me vient, on ne peut plus rien défaire - face à la mer on ne fait plus marche arrière.
    Et dans les vagues qui grandissent un calme s'installe, paradoxalement.
    Plus tard il pleut sur la Bretagne et j'aimerai toujours habiter là, la mer la pluie les arbres verts
    Après des semaines étouffante on respire; je m’endors en écoutant le bruit de la pluie contre le carreau, et me réveille avec ce même bruit. Il pleut sans discontinuer depuis la veille au soir, et depuis quelques heures les bourrasques de vent précipitent les gouttes d'eau encore plus violemment contre les vitres. Il pleut jusqu'à cinq heures de l’après midi. Je fais trop cuire les nouilles et je parle avec mon frère qui me manque. Je profite d'une éclaircie pour marcher dans le village, et quand la pluie s'arrête je marche avec mes parents tout près de la plage.

    Mardi il ne pleut plus au réveil, le soleil brille, le ciel est vide. Le jour d'avant j’ai joué avec mes parents, j’ai lu La Guerre de Troie n’aura pas lieu, et je me suis baignée dans la mer, j’ai nagé, enfin, dans l’eau froide (on dit fraîche, mais dix-huit degrés, c’était froid) de la Bretagne. Je suis couverte de boutons de moustique; pourtant, je ne vois aucun moustique. Le mardi je me crois un peu mercredi. Je finis L'Étranger en remarquant la colère et je cherche à écrire un peu; je paresse moitié au soleil, moitié à l'ombre après le repas. Je nage dans la mer dont les vagues grossissent. Le concert du soir, du blues surtout, n'attire pas grand monde. Au cœur du marché je vois un écrivain vendre ses livres, je n’ose pas l’approcher. Juste à côté, une femme crée des bracelets en frottant l’encre sur le cuir en dégradé.

    Mercredi nous sommes en août et je me crois encore en juillet. Je nage dans les vagues, je mange des sandwiches sur la plage. J'écris ces mots sur mon téléphone, j'ai terriblement besoin de comprendre où j'en suis.

    Il est minuit vingt. Dans une heure quarante, j’ai vingt ans. Je me réveillerai avec la vingtaine.

    J’ai vingt ans mais je n’y crois pas vraiment. Ma maman prépare des scones pour le petit-déjeuner. Je marche dans les rues de Lannion un jour de marché, dans la foule, le bruit, et au hasard d'une ruelle deux musiciens fabuleux offrent leur jazz aux passants. Je mange des galettes dans une crêperie au service continu; il est déjà tard. Je déguste le caramel au beurre salé sur ma crêpe. A dix-neuf heures je cours vers la mer, je nage dans les vagues, encore, je mange sur la plage, encore. Je souris d’avoir eu mes trois cousins au téléphone les uns à la suite des autres. Ma marraine me dit tu aurais pu être ailleurs, dans un champ, sous une tente, ça aurait fait un bon signe pour les vingt prochaines années. Je réponds que je suis face à la mer et c’est peut-être le signe que je préfère pour les vingt prochaines années.


  • Commentaires

    1
    Lorraine
    Jeudi 23 Août 2018 à 20:19
    Coucou toi ! Je vois que tu as profité de la mer c'est cool ! Moi je supporte pas le sable, ça m'énerve. Et m'asseoir sur un sol dur, j'ai mal partout, et les gamins qui crient, et les 35° et tout ça tout ça, j'aime pas.
    Je suis toujours là si tu as besoin de parler, bisouus :)
      • Vendredi 24 Août 2018 à 11:38

        Hello Lorraine ! Je crois que je n'en ai jamais autant profité x) J'ai rien contre le sable tant qu'il n'y a ni vent ni bêtes dedans, je m'assieds par terre tout le temps (par contre j'avoue que les plages surpeuplées c'est carrément pas pour moi) ET en Bretagne il fait plutôt dans les 22 degrés (du coup l'eau est très fraiche) donc c'est tout à fait supportable :)
        Bisous bisous !

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :