• 27.04.2018

    27.04.2018Un mercredi soir, à la fin d'une longue journée de fac bloquée, je retrouve E. au théâtre. Je l'ai convaincue de m'accompagner, et c'est peut-être bien la dernière fois puisqu'elle s'en va. Je retrouve E. au théâtre pour la dernière pièce - pour les prochaines, il faudra affronter la foule et m'affronter moi-même. J'ai lu le synopsis en diagonale, comme toujours. Je préfère la surprise, la découverte; je préfère ne m'attendre à rien. On arrive en avance, il fait chaud et on attend dehors. Dedans, au troisième rang, on a eu les dernières places des réservations. On ne connait personne et il y a beaucoup de cheveux blancs. J'ai peur dès la première minute - esthétique du fracas, l'expression m'avait marquée - mais le fracas devient supportable. A l'entracte, on sort prendre l'air, respirer pour calmer la violence de toutes les scènes, et on ne trouve rien à dire. L'air tiède, la nuit, la fumée des cigarettes.

    Je vous parlerai de cette pièce, et de toutes les autres qui m'ont, en deux ans, construite, délivrée. Cette année j'ai vu plus de pièces que je n'ai lu de livres, mais au moins j'ai eu ça, quelques heures volées assise dans les gradins, les yeux écarquillés, quelques heures non de paix mais de calme, quelques heures dans le noir à échapper au noir. Je ne tiens plus de stylo, je n'arrive plus à écrire, je n'arrive plus à lire, mais j'ai de la chance parce qu'il me reste ça, le théâtre; parce que j'ai toujours, des amies.

    C'est à moi maintenant qu'on dit ce que j'ai répété à chaque fois que je m'inquiétais. Si tu as besoin, parle, je suis là. Je crois bien que c'était un jeudi, quand, en 2017, j'ai écrit en gros j'ai besoin d'aide - je ne m'en sortirai pas seule. Lundi soir j'ai réécrit je crois que j'ai besoin d'aide et puis plus rien. Je me suis réveillée, j'ai vu le soleil, et quatre jours durant je n'ai plus pensé que. C'est moi, le problème, moi et des choses qui n'existent pas.

    J'écoute P. raconter ses voyages, et je me souviens de la transformation de toutes les émotions en mots, de la façon dont tout venait naturellement. Je m'écris depuis cinq ans bientôt, et c'est aussi une chose qui me reste même si, je crois, j'ai grandi depuis.

    Un samedi soir, après une journée de révisions, de lessives et de cuisine, j'écoute P. parler avec autant de poésie que lorsqu'elle écrit, et je viens réfléchir ici, il est dimanche depuis deux heures déjà.

    Et puis un mercredi soir deux semaines plus tard, me voici dans une autre ville debout sous un chapiteau pour le plus long concert de ma vie, cinq heures folles et les larmes dans mes yeux au début, comme souvent. Basses assourdissantes mais lumières éblouissantes, je ne suis pas si loin de la scène mais déjà trop petite pour bien voir, alors j'ouvre les yeux en grand et j'écoute jusqu'à n'en plus pouvoir, musique musique musique.

    Plus tard je marche, il fait nuit et ça brûle à l'intérieur, il y a de l'alcool dans les verres et des bouteilles dans les rues de cette ville. Plus tard encore ma tante dit vous êtes des adultes maintenant, vous êtes un minimum construits et ma mère hurle mais non bien sûr que non, c'est révélateur. On parle de mon avenir et de mes choix à venir, je dis traduction ou arts du spectacle mais je ne suis pas dupe, si je ne trouve pas un moyen de mettre des arts et du spectacle dans ma vie je serai malheureuse c'est joué d'avance.

    J'ai ouvert le carnet dont la couverture porte l'inscription Start something wonderful et j'ai rajouté des notes au crayon de papier, j'ai relu et réfléchi ; je ne sais pas si je vais continuer cette wonderful thing qui part dans tous les sens sans ligne directrice mais il est urgent de créer ou recréer une wonderful thing, j'ai besoin de savoir si j'en suis capable.

    Aujourd'hui la brûlure se transforme en tristesse à nouveau, cette tristesse qui dévore tout et met dans mes yeux des larmes de fatigue, je ne comprends pas pourquoi je n'arrive pas à m'en débarrasser, pourquoi je ne peux l'empêcher de m'envahir, pourtant je sors, pourtant je prie, pourtant j'essaie. Faut-il que je change.


  • Commentaires

    1
    Lorraine
    Vendredi 27 Avril 2018 à 20:33
    Coucou petit tourbillon ! Tu es bien triste on dirait... Je t'avoue que ça me manque nos petites discussions des fois, j'aimais bien parler avec toi ! Tu avais l'air bien pourtant... Tout va bien ?
      • Vendredi 27 Avril 2018 à 23:46

        Hello ! Je crois que la fatigue y est pour beaucoup, enfin on verra bien :). Moi aussi ça me manque... On se parle demain ?

      • Lorraine
        Samedi 28 Avril 2018 à 08:20
        Je suis sur la route demain mais je suis sûre qu'on aura l'occasion de blablater bientôt ;)
      • Samedi 28 Avril 2018 à 10:02

        Bon voyage alors ! 

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