• 01.12.20

    j'ai regardé une vidéo, une tout jeune femme qui disait je ne vais pas bien, pour reprendre ses mots, I'm a very dark place et que j'aime cette expression. The dark place - j'ai toujours pensé que l'anglais était la langue de mon coeur. C'était une vieille vidéo, et j'ai pensé que j'aurais tellement aimé la regarder deux ans avant, ou même cinq. Elle parlait d'être si triste, de sauter des repas, de tout avoir et de ne rien réussir à faire.

    j'écris ça ici parce que je sens que ça revient

    ça

    comme s'il me fallait la tristesse, la fatigue, le manque de forces physiques pour oublier le vide.

    Je pense qu'elle a eu du courage, cette jeune femme, de poster sa vidéo pour expliquer à son public mais aussi à sa famille. Je me dis que jamais je n'ai eu ce courage. Et puis si. Mars ou avril 2019, j'appelle mon père pour lui dire que je ne veux plus continuer la fac. Dans ma tête, c'est clair : je n'ai plus la force mentale ni la créativité nécessaire pour mener à bien les études que je rêve de mener. Mais je le dis mal, je crois, parce que mon père s'étouffe, à mille quatre cents kilomètres de moi, mon père s'étouffe et ça me met en colère maintenant, il s'étouffe et me parle d'une période privilégiée alors que je suis dans cette very dark place qui m'engloutit alors depuis cinq ans au moins, que j'ai la nausée en me réveillant tous les matins, qu'il me faut une heure pour réussir à en sortir, que je mange trois biscuits le midi juste dans l'espoir de sentir quelque chose, que je deviens par intermittences incapable de mettre mes idées en ordre et de produire un discours argumenté,

    il me reste maintenant deux semaines de cours et de partiels intensifs, et ensuite c'est Noël, et Noël me rend triste - une histoire d'inconscient je crois - alors j'ai décidé de garder ici des mots pour m'en souvenir et

    pour me retrouver, un peu.