• j'ai regardé une vidéo, une tout jeune femme qui disait je ne vais pas bien, pour reprendre ses mots, I'm a very dark place et que j'aime cette expression. The dark place - j'ai toujours pensé que l'anglais était la langue de mon coeur. C'était une vieille vidéo, et j'ai pensé que j'aurais tellement aimé la regarder deux ans avant, ou même cinq. Elle parlait d'être si triste, de sauter des repas, de tout avoir et de ne rien réussir à faire.

    j'écris ça ici parce que je sens que ça revient

    ça

    comme s'il me fallait la tristesse, la fatigue, le manque de forces physiques pour oublier le vide.

    Je pense qu'elle a eu du courage, cette jeune femme, de poster sa vidéo pour expliquer à son public mais aussi à sa famille. Je me dis que jamais je n'ai eu ce courage. Et puis si. Mars ou avril 2019, j'appelle mon père pour lui dire que je ne veux plus continuer la fac. Dans ma tête, c'est clair : je n'ai plus la force mentale ni la créativité nécessaire pour mener à bien les études que je rêve de mener. Mais je le dis mal, je crois, parce que mon père s'étouffe, à mille quatre cents kilomètres de moi, mon père s'étouffe et ça me met en colère maintenant, il s'étouffe et me parle d'une période privilégiée alors que je suis dans cette very dark place qui m'engloutit alors depuis cinq ans au moins, que j'ai la nausée en me réveillant tous les matins, qu'il me faut une heure pour réussir à en sortir, que je mange trois biscuits le midi juste dans l'espoir de sentir quelque chose, que je deviens par intermittences incapable de mettre mes idées en ordre et de produire un discours argumenté,

    il me reste maintenant deux semaines de cours et de partiels intensifs, et ensuite c'est Noël, et Noël me rend triste - une histoire d'inconscient je crois - alors j'ai décidé de garder ici des mots pour m'en souvenir et

    pour me retrouver, un peu.


  • Alors, c'est ça, que ça fait, de ne plus avoir mal.

    De n'avoir plus rien à écrire.

    Les larmes ne le justifient plus, les battements de coeur non plus

    J'ai plongé dans la vraie vie

    ?

    Je ne suis sûre de rien

    La douleur remplacée par la peur

    C'est ça, maintenant, les battements de coeur.

     

    Alors, c'est ça, que ça fait, de respirer

    De s'étonner même de chaque inspiration

    Et de la suite : inspiration, réalisation, expiration

    Le ventre ne se tord plus

    Le coeur bat et ne se serre plus

    ?

    Reste la glace

    Qui ne part pas

    Mais ça

    Il n'y a rien à dire.

     

    C'est vide sans l'être

    C'est seul sans l'être

    C'est être -- mais quoi ?


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  • Et alors,

    la lumière du soleil au travers des feuilles qui s'appose sur le mur de ma chambre
    que j'aperçois dans la caméra juste avant de commencer la réunion

    un concert volant sur Arte concert avec Birds On A Wire

    deux chansons live de Keren Ann à la radio

    une première place de théâtre achetée

    la pluie

    le soleil

    les appréciations d'une (vraie) éditrice sur mon travail en cours

    les sourires sous les masques bleus

    est-ce que ça compense

    tout le reste ?

     


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  •  

    27 avril 

    Le confinement ressemble à l'été, sauf qu'il y a encore des cours. Les interminables étés de mon adolescence, dans le village entouré par les champs, les amis trop loin, la famille trop loin, la léthargie de la solitude. Sauf qu'il y a, en plus, cette menace insidieuse, cet avertissement sourd, tout le monde peut tomber malade, tout le monde peut mourir, encore plus que d'habitude. Et je réalise tout cela de loin, je ne peux pas prendre la mesure de ce qui se passe - en fait, j'ai l'impression que si je comprenais réellement, si j'arrivais à, disons, envisager ce virus, ces milliers de morts, et tous les vivants qui s'efforcent de parer à la catastrophe, je m'effondrerais. Après environ quarante jours entre quatre murs, c'est à eux que je me raccroche, et je n'arrive plus à sortir, je ne pose plus le pied dans la rue et je crois que le onze mai n'y changera rien.

     28 avril 

    Maintenant, j'étire les heures en lisant. Je voudrais recommencer à écrire, j'aimerais trouver un moyen de renouer avec ce qui m'a fait respirer pendant tant d'année, mais autrement peut-être. Je suis persuadée qu'il faut lire pour écrire, je ne vois pas d'autre solution, du moins c'est ainsi que je le conçois ; alors je me force à rester des heures à tourner les pages, mais c'est difficile et j'ai du mal à me concentrer. Pourtant, ça n'est pas désagréable, et je le sais. Depuis février et les cours avec celle qui parlait si bien des livres (c'était un peu son métier), j'ai repris le chemin de la librairie, parce que j'ai senti que c'était ma vie, ça aussi.

    Je lis en anglais, c'est une victoire, ça ne me fatigue presque plus, seulement ensuite j'écris en anglais, je me parle en anglais, et je suis encore loin d'être bilingue. En fait, je dois réapprendre à écrire en français. Je dois apprivoiser ma propre langue, revenir à elle parce que c'est celle que, malgré tout, je connaîtrais toujours plus que les autres. 

    29 avril

    Insomnie. Douleur physique de l'inactivité du corps. J'écris à H. une lettre que j'envoie à l'adresse mise en place par l'artiste à laquelle je me raccroche depuis le début de l'enfermement. Elle le lit le soir même, elle prononce le H à la perfection, mon cœur explose. Je ne dors pas non plus. 

    Choses auxquelles je m'accroche : les pièces de la maison ; les repas qui rythment ; les dates limites des devoirs à rendre ; le rendez-vous de vingt-deux heures. 

    30 avril

    H. est heureuse et j'apprends que God inspired me well de lui avoir écrit cette nuit-là. 

    Je fais de mon mieux avec tout le monde, je prends des nouvelles de mes amis, mais mon cœur hurle à l'intérieur, talk to me, talk to me please, I feel lonely

    Aujourd'hui il pleut. Je recopie un poème dans un cahier de brouillon déchiré, que j'ai décidé de consacrer aux poèmes découverts ; je n'avais emporté aucun carnet. Aujourd'hui il pleut très fort et la pluie s'arrête, et revient, et mon cœur se serre dès que j'aperçois les gouttes sur la fenêtre. C'est une sensation étrange, je suis toujours sous le coup de l'électrochoc de la nuit. C'est une sorte d'euphorie mélancolique qui m'a envahi. J'ai envie, ma léthargie me laisse du répit, mais j'ai peur de l'après. J'ai peur que les chiffres remontent, j'ai peur de passer mon été avec un masque, j'ai peur de ne plus jamais réussir à m'envoler ailleurs, j'ai peur de ne plus retrouver les théâtres comme ils étaient, j'ai peur que le monde de la culture s'effondre, j'ai peur de la crise, j'ai peur de ne pas pouvoir revoir la ville aimée avant septembre.

    Depuis trois jours, j'étire les nuits, aussi.

    Et puis, l'arc-en-ciel, et puis, la musique. Toujours. 


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  • au retour des vacances j'ai étiré les heures de mes après-midi à la Bibliothèque. J'ai recommencé en prenant mon courage à deux mains et le numéro de téléphone sur le site internet de la maison bonjour, on est deux étudiants, on voudrait venir demain. Une semaine elle a été ouverte pour de vrai, alors j'y ai passé mes midis, j'ai tendu la faim, me rappelant les midis écoulés dans les archives en Irlande l'an passé, j'ai mangé mes sandwiches sur la place qui m'émerveille toujours juste à côté, non pas au revoir mais à tout à l'heure. Et puis la semaine d'après, et encore, j'ai sonné, et si ailleurs l'accumulation des livres m'étouffe, ici elle m'encourage, et mon esprit qui tend à s'égarer dans le tremblement sitôt un devoir commencé ici n'avait d'autre choix que de poser mes yeux sur les livres qui parlent de ce que j'ai choisi d'étudier, et d'entendre les voix de celles et ceux qui travaillent aux alentours.

    ça a demandé aussi de longues promenades dans le centre-ville, ça a demandé de s'y perdre et de s'y retrouver, de plisser les yeux sous le soleil ou d'arriver enfin les vêtements imbibés d'eau, d'acheter des livres où on pouvait, de lire aussi sur la place, ou de s'asseoir juste, sur la place, les yeux fermés, dans le soleil et dans le vent, de regarder le palais à côté, et les gens passer, et discuter, de marcher trop vite pour ne pas être en retard, de coller les écouteurs dans les oreilles pour faire passer l'heure plus vite en revenant de l'église, ça a demandé de ranger un peu, d'en laisser pour plus tard, de laver la terrasse, de laver les vitres, ça a demandé un peu de courage et de s'apercevoir que je souriais en présentant un exposé, ça a demandé un dernier café avec H., un nouveau avec A., et beaucoup de temps avec S., ça a demandé de rester clouée au sol au Conservatoire pendant deux séances avant de pouvoir oser essayer de se lever, de faire l'impasse sur les séries policières, de danser toute seule, tout ça pour respirer un peu sans boule dans la gorge, tout ça pour / aller mieux

    et bien sûr il y a encore des ratés et j'aimerais dire plus jamais l'assombrissement qui fait et dit n'importe quoi mais, hé, ça demande aussi de pratiquer l'équilibre encore un peu (tout, au-dessus, est excessif aussi)


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  • 28 septembre 2019

    Je n'avais pas vraiment le choix, de retourner en cours. Deux semaines et je replonge. Plonger n'est pas le bon verbe, dans plonger il y a un acte volontaire, alors que moi, ça vient d'où ? Je m'enfonce à nouveau. J'aime me dire que ce n'est qu'une phase et que ça va passer, comme d'habitude. Mais les phases s'allongent, le vide s'intensifie (enfin, comment peut-il s'intensifier alors qu'il n'y a plus rien à intensifier - plus de volonté, plus de mémoire, rien que du blanc, du flou, partout).

    Un soir je prends conscience d'un dixième anniversaire et ça cristallise tout, le lendemain je vais au théâtre et je ne reste pas à la soirée, je rentre avant dix heures parce que je ne me sens pas en sécurité, toute seule, dans ma ville, dans mon quartier. Pendant une semaine j'ai du mal à respirer, chez moi, dehors, à la fac, et j'hésite : allergie, asthme, angoisse ? Sans réponse. Et dans la ville je marche à nouveau trop vite parce que ça tourne tellement à l'intérieur que c'est douloureux.

    Autour de moi je vois des gens convaincus par ce qu'ils font et sûrs de la direction qu'ils veulent prendre et j'ai besoin de ça, de voir que si moi je chavire il y a des gens qui tiennent le cap. Heureusement il y a la constance de L., l'extrême gentillesse de A., et la confiance de H.

    22 octobre 2019

    Et tout s'enchaine et je ne dors pas beaucoup, la vaisselle s'empile, la lessive ne sèche plus, il pleut à verse depuis lundi et j'arrive en cours trempée. Je suis mouillée, j'ai froid, les pieds glacés, je suis devant ma feuille, mon stylo dans la main, et je voudrais partir. C'est le premier contrôle sur table depuis décembre 2018 et ça me met face à moi-même. Moi-même, face à la feuille de questions, moi-même, face à ma tête vide. Rien - ne - sort. J'ai beau fermer les yeux, visualiser, me concentrer, rien. Je ne pense à rien. Alors bien sûr, il faut relativiser, j'ai recraché les morceaux du cours dont je me souvenais, quasiment mot par mot, j'ai encore une mémoire, hein, je me souviens de quelques trucs. C'est juste, je n'arrive plus à réfléchir, je n'arrive plus à me concentrer, plus à broder même pour grappiller quelques points et pallier le vide. Je suis, face au vide.

    C'est rigolo parce que le théâtre c'est encore le dernier endroit où je me sens bien. L'excitation en passant sur la scène avec le décor déjà installé parce que, dixit ma prof, c'est plus court par là, la fascination pendant les quelques minutes de la répétition, l'apaisement dans les fauteuils (bleus), ma réflexion pendant le spectacle, et les mots qui s'écrivent tout seuls dans ma tête quand je marche dans la nuit pour rentrer. J'ai quand même beaucoup de chance d'être ici. 

    Beaucoup de chance mais je rêve de rentrer chez mes parents, de me coller au radiateur du couloir, de mettre mon réveil pour travailler le matin et aider à l'atelier l'après-midi, de sentir des vraies odeurs de cuisine, peut-être même qu'il y aura déjà des biscuits de Noël, je veux du réconfort voilà tout, je ne me supporte pas ici toute seule. Je ne supporte plus mes peurs, ma paranoïa qui revient, mes stratégies d'évitement, je n'en peux plus de tout faire pour que ce soit faisable, de tout faire pour y arriver malgré tout.

    Un midi je mange avec C. et C. garde le silence, je suis pressée et je n'y fais pas attention. Je me lève pour partir et je comprends que C. veut dire quelque chose d'important. Alors je fuis. Je file à mon rendez-vous et en sortant C. veut qu'on se retrouve, mais je l'ai dit, je fuis. Je sais ce que C. va dire et subitement d'y penser je me glace.

    10 novembre 2019

    Un soir je relis le livre qui, inévitablement, appelle la vague. Le livre qui dit que tout ira mieux, qui parle de la foudre, de la tempête ensuite, et du calme qui revient. Je lis et j'appelle la vague. En y réfléchissant je pense au silence quand une vague réelle submerge. Au bruit flou de l'eau dans mes oreilles, aux ondulations des formes sous l'eau. Le flou, c'est une forme de silence. Mais la vague qui arrive ne m'assourdit pas, et je le sais. Elle me pousse seulement, elle me jette contre les rochers. Je hurle en silence, j'ai besoin de savoir pourquoi j'ai mal. Et surtout j'ai besoin que ça s'arrête.

    Je m'assourdis autrement. La télé en continu, le canapé, internet, la nourriture, le sommeil. Je ne travaille pas. Je ne cherche pas de stage. Quand il faut vraiment, je travaille longtemps et surtout tard. Je dors trop peu; la fatigue m'assourdit aussi. J'ai besoin d'aide; en fait, j'ai besoin qu'on m'autorise à m'arrêter. Qu'on m'autorise à rester chez moi, à me reposer, à m'apaiser, qu'on m'autorise un peu de temps avant de me poser toutes les questions que j'ai besoin de me poser. Du repos avant d'être prête à tout régler.

    29 novembre 2019

    Je voudrais ne jamais tomber à nouveau, parce que chaque chute est pire que la précédente. This week your mood was worse than the week before. Ne pas parler, rester seule, manger la même chose tous les jours, ou ne pas manger, pour ne pas avoir à manger seule encore et parfois pour sentir physiquement le vide qui s'installe partout. Depuis septembre j'ai du mal à respirer, et j'ignore si c'est l'asthme, plus grave, ou l'angoisse. La solitude pèse. Le silence pèse. Tout devient lourd, l'appartement, les courses, les trajets, les repas, la fac, les relations. La vie devient lourde. Je tombe de sommeil trop tôt et je n'arrive pas à me lever. Et ça dure longtemps.

    J'émerge la semaine où je décroche mon stage, où S. dit de moi que je suis une éponge, où A. se demande pourquoi je ne parle jamais, et où je vois trois pièces en deux jours.

    Il y a ces gens qui me font du bien. A. qui pose les questions. M. la passionnée qui parle à toute vitesse, S. qui ménage du temps pour nous laisser penser et ces trois ensemble qui finalement font de la place pour que je parle. Et puis une autre S. qui dit qu'il y a du solide.

    24 janvier 2020

    Je voudrais écrire des choses belles, je voudrais raconter des histoires, mais, ce mais prend toute la place, je n'y arrive pas. Je saborde le devoir "texte contemporain" parce que le vrai texte est bien trop personnel - mais c'est ça l'écriture pour moi et je n'y peux rien, je suis incapable de raconter la vie des autres, j'essaie déjà de construire la mienne. Construire ou (re)construire, tiens, j'ai hésité, mais après tout qu'est-ce qu'il y a à reconstruire quand on n'a que vingt-et-un ans. J'essaie en ce moment de me souvenir d'avant - avant le point de rupture qui constitue une année floue, j'ai oublié les dates alors même que je voudrais pouvoir m'en souvenir, ce n'est pas faute de m'être régulièrement plongée dans le dossier P., d'avoir relu rapports et entretiens. Comment j'étais, avant ? A quoi je jouais, qu'est-ce que j'écoutais, avec qui je jouais, comment j'écrivais ?

    Je voudrais gagner en légèreté.

    Je voudrais ne plus être assommée de tristesse.

    Parce que je tremble dès que j'entends certains mots, parce que ça me révulse, que mon corps entier se glace, que ma gorge se noue, parce que certaines barrières sont irrationnelles, d'autres beaucoup trop influentes.

    Comment c'était, avant, autour de quoi je me définissais ? Pas parce que c'était mieux, mais pour que ce soit moins lourd.

    3 mars 2020

    J'entretiens la façade mais au fond, je n'y arrive pas. Le linge propre s'empile, la vaisselle s'empile, ma valise n'est pas défaite, le ménage attend, les feuilles sur mon bureau m'empêchent d'y travailler, l'appel que je dois passer et le logement que je dois chercher en sont toujours au même stade, - j'entretiens la façade. Je vais en cours. Je travaille à la bibliothèque. Je fais attention à mes habits. Je souris, je compatis. Je mange de bon appétit.

    Mais je vais en cours parce que je n'ai pas de raison pour excuser mon absence, et je vais à la bibliothèque pour m'offrir quatre heures de travail puisque je n'ouvre pas un seul cahier chez moi, et je mange trop, tout le temps, parce que ça me rassure je crois, -

    Et alors qu'une énième fois je tremble à l'idée d'envoyer un texte sur mes impressions à un professeur, je me demande : pourquoi ? Qu'est-ce qui fait que je refuse de parler de moi, que je ne peux pas ? Comment on brise le contrat qu'on a fait avec soi-même de ne plus rien laisser paraitre ? Dans ce cours on parle de déconstruire mais c'est moi qu'il faudrait déconstruire, et reconstruire autrement.

    Et mon sang qui se glace quand ce garçon prononce des mots inoffensifs pourtant, et quand cette femme me demande et toi ?, et quand le débat du cours se dirige vers l'héritage familial, et c'est même plus que mon sang, c'est mon être tout entier, mon sang et ma peau, ma chair, mon esprit, tout-se-glace et je voudrais mettre la tête sous l'eau pour ne plus rien entendre.

    5 mars 2020

    Je suis dans un entre-deux phases. Entre la phase du vide et celle de la descente, terrible et productive. Là, c'est presque l'équilibre, mais je le sens, bientôt je serai épuisée - déjà je ne dors plus assez, mon corps se réveille seul et douloureux, je ne sais plus le repos. Mais dans cet entre-deux, il y a les choses qui me font tomber, éternellement. Il y a l'exposé du camarade qui lance le débat de l'héritage, et qui précise, l'héritage familial, est-ce qu'on peut couper l'héritage familial ? Je souris en entendant ses questions et je me dis, on rentre dans la psychogénéalogie, et tous ces mécanismes que je ne m'explique pas. A cela je rajoute pour moi-même, comment on navigue dans et avec l'héritage familial ? D'un côté j'ai la foi, la constance, la droiture, le sens de l'effort, le goût de l'apprentissage et de l'autre, la flatterie, l'hypocrisie, les mensonges, les histoires et d'autres encore qui sortent du domaine de l'indicible peu à peu. Comment je navigue, moi, là-dedans ?

    Je ne navigue pas. Je ne me pose pas encore les questions.

     


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  • C'est le vide et la panique. C'était prévisible, ça fait bien deux ans que ça dure au moins, et que ça empire, le vide total et absolu dans ma mémoire, le vide de ma conversation, le vide de mes sentiments, la panique dans la foule, la panique du téléphone, du mail, de la nuit, du vélo, de l'évaluation, quelque chose qui se détache de mon corps quand je marche dans la rue, mes yeux qui ne peuvent pas le regarder en face quand je lui parle, l'angoisse des changements de plan de dernière minute, la crise au moment de valider un covoiturage, mon incapacité grandissante à faire des choix simples, et mon incapacité à entreprendre quoi que ce soit de nouveau seule.

    Et je m'isole. Je refuse la rencontre de jeunes sans même un prétexte. J'abandonne finalement mon covoiturage et mon périple pourtant minime. Je ne sais plus quoi dire.

    Alors je mange. Alors je marche, beaucoup, longtemps, vite, pour chasser ce qui reste de mémoire traumatique et de culpabilité. Spoiler, ça ne fonctionne pas.

    JE SAIS.

    Je l'écris ici, j'ai envie de voyager, d'avaler des kilomètres, j'ai envie de nager dans l'océan, je rêve aussi d'un endroit où je pourrais m'allonger et regarder le plafond des heures durant, où je pourrais m'enfouir dans mon lit et ne pas culpabiliser de n'arriver à penser à rien.


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